15 février 2006
Entretiens avec Prem Rawat
Entretiens avec Prem Rawat
Une personne de votre position est forcément une personne que le public cherche à cerner et à définir. Vous, comment vous définiriez-vous ?
Je suis moi. Je suis un être humain. Beaucoup de choses ont été dites à mon sujet. Positives ou négatives, elles étaient souvent liées à des émotions subjectives. Je suis fier d’être un être humain. Je suis très heureux d’être en vie. Je suis heureux d’être moi. Certains aimeraient me coller une étiquette, mais je suis tout simplement moi.
Quelle solution, quelle aide ou quel espoir apportez-vous ?
Dire qu’on peut être satisfait intérieurement est le message le plus porteur d’espoir. Dire qu’on peut trouver l’unique chose que le cœur cherche depuis si longtemps est un message plein d'espoir. Tel est le message que j'apporte, il apporte l’espoir. Ce qui est important pour nous tous, c’est l’espoir, l’idée qu’on peut être pleinement satisfait en soi, l’idée qu’on peut être satisfait dans sa vie. Il n’est pas nécessaire de se trouver dans une situation désespérée pour avoir besoin d’espoir. Même par une magnifique journée ensoleillée où tout se passe bien, l’espoir est le bienvenu.
En quoi votre message est-il unique ?
Certains disent : « Voyons de quoi vous êtes capable. Comment allons-nous faire pour que vous réussissiez ? » Je me concentre beaucoup plus sur l’individu. Plutôt que de montrer aux gens ce qu’ils pourraient faire, je leur dis : « Le cadeau de la vie vous a été donné. Un trésor a été placé en vous. Pourquoi ne pas vous occuper de votre propre trésor ? Pourquoi ne pas vous intéresser à ce que vous ressentez au plus profond de vous-même ? »
Quels sont nos besoins ? Pas les besoins de la société, mais nos besoins ? Quel est notre désir profond ? Il y a dans chaque être humain une réelle aspiration, qui ne dépend pas de qui il est, d’où il vit, de ce qu’il fait ou pense. Chaque être porte un désir inné d’être satisfait. Ce que j’offre est un moyen pratique de se tourner vers ce très profond désir qui nous est commun à tous. C’est un processus individuel qui mène à une réussite personnelle d’appréciation de la vie quelles qu’en soient les circonstances.
Qu’est-ce qui vous qualifie pour délivrer ce message ?
Ce qui me qualifie ? Le cœur. Les gens qui écoutent. Ce sont eux qui me qualifient. Si je suis capable de le transmettre, alors je suis qualifié pour le faire.
Qu’est-ce qui vous motive à le faire ? Pourquoi faites-vous connaître ce message ?
Il m’a été accordé un don. J’ai ce don depuis que je suis très jeune. J’avais l’habitude de parler aux gens avant que mon père ne vienne s’adresser à eux. Parfois, mon père me demandait de me lever et de venir parler, et à ce qu’il me semblait, il en paraissait très très heureux. Ce don est là depuis très longtemps.
Vous êtes reconnu comme une voix prépondérante dans le domaine de la paix. Qu’entendez-vous par « paix » ?
La paix est innée. Elle est en chacun de nous. Mais avant de ressentir réellement la paix, il nous faut ressentir la soif de paix. Nous pouvons le faire – nous ouvrir pour ressentir cette soif. Une fois que la soif est ressentie, tout devient simple, et il devient facile de comprendre ce qu’est la paix. Sinon, mes mots seraient juste des mots comme tant d’autres utilisés depuis des siècles pour parler de ce qu’est la paix et de ce qu’elle devrait être. La paix ne peut être comprise que lorsque l’on comprend la soif qui est déjà en chacun de nous.
Pouvez-vous décrire ce que vous entendez par soif ? C’est un de ces concepts insaisissables qui peut être difficile à comprendre.
Si on commence à analyser cela devient en effet insaisissable. Mais la soif est fondamentale : tout le monde a déjà eu soif d’eau. Et lorsqu’on a soif, on ne cherche pas à l’expliquer, on veut trouver de l’eau et boire. Ce qu’il y a de beau avec cette soif-ci, c’est que l’eau que l’on cherche se trouve en soi.
Comment saurais-je quand j’ai trouvé la paix ?
C’est comme boire un verre d’eau et étancher sa soif. D’abord on a besoin de ressentir la soif de l’intérieur. Ralentissez un peu. Essayez de faire l’expérience de l’appel qui vient de vous. Quel est le cri du cœur ? Que demande le cœur ? Qu’est-ce qui à l’intérieur de nous n’a pas cessé de tambouriner et tambouriner encore. Écoutons-le.
Doit-on renoncer à ce monde pour trouver la paix en soi ?
Il y a des gens qui disent : « Allez vivre en haut d’une montagne, dans un endroit retiré où vous ne serez pas distraits ». Je ne crois pas que ça marche comme ça. Votre engagement à écouter votre voix intérieure peut se faire dans la ville la plus bruyante du monde ; cela n’a rien à voir avec ce qui se passe à l’extérieur. Ces deux choses n’ont rien à faire l’une avec l’autre. L’attention à porter à l’intérieur ne mettra pas en péril l’attention à porter à l’extérieur. L’extérieur est très bruyant, éclatant, coloré. Il vous distraira toujours – il sera là. L’intérieur est beaucoup plus silencieux, beaucoup plus calme. Il est beaucoup plus simple. Et l’attention a besoin de se concentrer vers l’intérieur.
Beaucoup parlent de la paix intérieure et de la satisfaction comme de possibilités lointaines et plutôt vagues. Y a-t-il quelque chose de concret à faire pour mener à bien la réussite intérieure dont vous parlez ?
Ce que j’offre est aussi concret que l’est un verre d’eau pour une personne assoiffée dans le désert. Je propose un moyen de se connecter avec la paix et la satisfaction qui sont à l’intérieur de chacun de nous. C’est comme un pont entre l’extérieur et l’intérieur. Ce n’est pas là pour raccommoder quoi que ce soit ; c’est là pour ceux qui, de leur propre volonté, veulent ressentir la paix à l’intérieur d’eux-mêmes. Cela ne peut pas être plus concret. Si quelqu’un veut cela, je peux l’aider.
On a souvent tendance à associer le message au messager. Avec ce que vous offrez, quelle est la différence entre le message et le messager ?
J’ai toujours fait la comparaison suivante. Quelqu’un montre la lune du doigt et dit : « Regardez comme la lune est belle. » Tout le monde regarde le doigt et oublie la lune. Suivez le doigt. Regardez ce qu’il montre, regardez la lune pour en apprécier la beauté. Lorsque le messager essaie de se rendre plus important que le message, il n’est plus un messager. Etre un messager, homme ou femme, c’est très beau, mais le message est bien plus important. C’est le message qui fait du messager un messager, non l’inverse.
Selon vous, qu’est ce qui fait de la vie d’une personne une réussite ?
La première question qu’il faut poser est : qu ’est-ce que la réussite ? Nous pouvons réussir en affaires, dans notre profession, dans un sport ; nous pouvons devenir tout ce que nous voulons. Et nous pourrions passer pour parfaits aux yeux du monde. Mais quelle compétition pouvons-nous vraiment gagner ? Il y a une compétition ultime dans laquelle nous ne rivalisons avec personne sinon avec nous-mêmes — la compétition pour l’accomplissement de notre vie. Dans cette compétition, nous gagnons lorsque nous avons compris la valeur de cette vie et avons trouvé la plénitude. Alors seulement avons-nous réellement réussi, et c’est là qu’est le vrai défi. Il ne s’agit pas de simplement croire en la plénitude mais de l’expérimenter par nous-mêmes.
Si vous ne ressentez pas la réussite en vous-même, alors qu’importent tous les succès que vous avez à l’extérieur. Il y aura toujours une différence entre les deux. Si vous faites bien la distinction entre vous-même et tout le reste, il devient très facile de voir que le succès extérieur n’est pas vraiment ce qui importe.
Est-il difficile de convaincre les gens que la réussite intérieure est aussi importante que la réussite extérieure ?
En fait, il ne s’agit pas de convaincre. Quand on a accepté que la réussite commence par soi-même, tout le reste devient secondaire. On doit personnellement faire l’expérience de cette différence fondamentale et alors, que l’on soit riche ou pauvre, il est très facile de commencer à saisir que ce qu’on cherche réellement réside en soi.
Vous parlez donc de la réalisation intérieure. Pourriez-vous préciser la distinction entre réalisation intérieure et extérieure ?
A l’extérieur nous ressemblons beaucoup à un porte-chapeaux. Nous avons tant de rôles à jouer : parent, patron, frère, travailleur. Au début on porte un chapeau, puis un autre, et encore un autre. Toute la journée, les chapeaux se succèdent, tous de tailles et de styles différents. Voilà comment nous sommes à l’extérieur. Mais à l’intérieur, il y a un être qui ne change pas. Le porte-chapeaux change sans arrêt, mais à l’intérieur, notre soif de nous sentir comblés, notre désir intime de trouver la paix, notre quête de satisfaction, n’a jamais changé. Dans nos vies nous apprenons à être responsables, à prendre nos problèmes en charge, mais les problèmes viennent, s’en vont, et puis reviennent encore, comme une roue qui tourne sans cesse. Quand nous comprenons la nature de l’être, alors nous pouvons commencer à comprendre la beauté de la vie. La vie, ce n’est pas seulement nos problèmes, ni la culpabilité ou la peur, ni le vrai ou le faux. C’est aussi une incroyable réponse au désir inné d’être heureux.
Cela signifie-t-il que la réussite extérieure n’a pas d’importance ?
Pas du tout ! On peut toujours améliorer sa réussite. Quoi qu’on ait réalisé, on peut toujours mieux faire. Et nous sommes plus importants que nos succès. Nous sommes aussi plus importants que nos défaites. Nous sommes plus importants que tout ce qui se passe autour de nous, et que tout ce qui ne s’y passe pas. Nous sommes plus importants que les histoiresqui vont se développer, que les guerres qui vont être livrées, que la paix qui s’ensuivra. La somme de tout cela ne vaut pas l’existence de chaque être humain. Et nous devons en prendre conscience.
Quelles sont les personnes les plus réceptives à votre message ?
Celles qui sont vraiment libres. Libres dans leurs pensées. Les personnes qui sont enfermées dans des idées préconçues sur la façon dont les choses doivent être et la manière dont tout fonctionne ont beaucoup plus de difficultés à comprendre ce dont je parle. Ceux qui ont peur d’écouter les autres ne peuvent pas comprendre mon message. Ce sont ceux qui se sentent libres, à l’aise en eux-mêmes, qui peuvent m’écouter.
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