16 février 2006

Paix intérieure

Nous vivons dans un monde en guerre. Est-il réaliste d’espérer une paix mondiale ?

J’étais très attaché autrefois à l'idée de " paix mondiale ", qui est une belle idée. Et puis, quand j’ai commencé à voyager et à rencontrer des gens, je me suis rendu compte que le " monde " proprement dit n’avait pas d'existence. Pendant toutes ces années, je n’ai rien trouvé de tangible que je puisse appeler " monde ". Ce n’est pas le monde qui a besoin de s'amender, ce sont les gens. Quand les gens seront en paix avec eux-mêmes, il y aura la paix mondiale. Pour le moment, ils sont fascinés par la guerre.

Pourquoi les gens créent-ils la guerre ?

La guerre commence par un déni. Un groupe décide que sa cause est la meilleure et que celle de l’autre groupe n’existe pas. Les causes prennent l'ascendant et la valeur des êtres humains n’est plus reconnue.

Les gens se battent parce qu’ils accordent plus d’importance à leur cause qu’à la vie humaine. Dans leur rationalisation, ils ont amoindri la valeur de la vie humaine. La première fois que quelqu’un a revendiqué la supériorité d’une cause sur la vie humaine, la balance a été faussée, et cela n’a fait qu’empirer.

Les êtres humains se feront la guerre tant qu’ils ne comprendront pas ce qu’est la vie, car dans la guerre, nous gaspillons la vie. La guerre n’existe pas seulement sur le champ de bataille. À la maison, même sans guerre, nous gâchons aussi la vie.

Des humanistes, des philosophes et des dirigeants ont exprimé l’idée que la guerre commence dans l’esprit des gens. Êtes-vous d’accord ?

La guerre mondiale semble anodine comparée à la bataille qui fait rage dans l'être humain. Des vies sont détruites dans cette bataille, des moments précieux sont sacrifiés, tout peut y être décimé. Le combat intérieur est la plus grande des batailles. Nous devons donc être en paix avec nous-mêmes car sur notre propre champ de bataille, " je " se fait détruire.
L’agitation intérieure nous empêche de trouver la véritable paix. Tant qu’il n’y aura pas de paix à l’intérieur, il y aura la guerre à l’extérieur. Les tourments du corps causent certainement de la douleur, mais la souffrance qui vient des tourments du cœur est bien pire. C’est la chose la plus douloureuse qui soit. Et pourtant, le cœur l’endure depuis très, très longtemps.

Comment se fait-il qu'en tant qu’individus nous perdions la paix ?

Chacun de nous a un voleur invisible qui le suit partout. Et que fait ce voleur ? Il nous vole. Ni portes, ni serrures, ni alarmes ne peuvent l’arrêter. Il ne prend ni argent ni vêtements. Il nous dérobe nos biens les plus précieux : la joie, la paix, la satisfaction. Il nous dérobe la compréhension. Toutes ces choses sont beaucoup plus importantes que tout le reste. Absolument tout le reste.

Quand nous disons " Je veux connaître la paix dans ma vie, mais… je la chercherai plus tard ", nous donnons à ce voleur invisible la permission d’entrer. C’est le signal. Dès qu'il entend " Pas maintenant ", le voleur se dit : " Voici quelqu’un que je peux voler puisqu'il ne protège pas son bien le plus précieux. Il le gaspille et le jette par la fenêtre. " À cet instant, il nous vole ce qui est le plus important pour nous.

Tout le monde a-t-il un désir inné de rechercher et de connaître la paix ?

Il y a en chacun quelque chose qui aspire à la paix. Dans les périodes de chaos, il y a une aspiration à la paix. Dans les périodes de méfiance, une aspiration à la confiance. Quand nous souffrons, quelque chose en nous cherche une lueur d‘espoir, de soulagement.

L'être humain a besoin d’aimer et d’être aimé. La question est de savoir quelle sera la source de cet amour. Il a besoin d’avoir confiance, mais quelle en sera la source ? En quoi peut-on avoir confiance qui soit vraiment digne de confiance, qui puisse apporter le soutien dont on a besoin dans sa vie ? De même, nul doute que l’être humain ait besoin de paix. On n’y peut rien, c’est une soif commune à tous les humains. La question est : quelle sera la source de cette paix ?

Comment parvenir à comprendre la paix dont vous parlez ?

La paix n’est pas essentielle pour l’esprit, elle est essentielle pour le cœur. L’esprit et l’intellect ne peuvent pas appréhender la paix. Ils ont une autre fonction.

La paix, la joie et le vrai bonheur ne sont pas des sujets de réflexion, on ne peut que les ressentir. Il existe un sentiment inhérent au fait d’être en vie. Cela ne s'explique pas. C’est ce sentiment qu’on doit découvrir pour trouver le réconfort ; c’est là que se trouvent la joie, la satisfaction. C’estce sentiment-là dont nous avons besoin dans notre vie. Pour une raison ou une autre, nous pensons avoir besoin d’explications sur ce qu’est la paix, mais la paix ne peut être expliquée, elle peut seulement être ressentie.

La satisfaction aussi doit être ressentie. Lorsque nous sommes pleinement satisfaits, quelque chose en nous reconnaît : " Oui, je suis comblé. " Regarder des milliers de photos de quelqu'un en train de boire de l’eau n’a aucune utilité pour celui qui a soif. La seule chose qu’il lui faut c’est boire de l’eau.

Où trouve-t-on la paix ?

Elle est en chaque individu. Et c’est à chacun de se dire : " Je veux la paix dans ma vie. " Les sociétés ne détiennent pas la paix. Les sociétés n'existent pas, les gouvernements non plus. Seuls les gens existent. La paix est quelque chose de simple, elle doit être ressentie individuellement. Lorsqu’on oublie ce que signifie " être en paix " et qu’on s’accroche à des formules pour créer la paix, on a des problèmes.

Ce dont je parle c’est de paix intérieure – ma paix – pas de la paix à l’extérieur. Beaucoup de gens croient que lorsqu’ils contrôleront tout dans leur vie, ils connaîtront la paix. Mais cela n’arrivera pas, tout comprendre et tout contrôler est hors de leur portée. La seule chose que je puisse faire, c’est me comprendre moi-même.

Chercher la paix en soi. Même si toutes les guerres s’arrêtent, on ne sera pas en paix tant qu’il y aura la guerre en soi. Alors que si on est en paix avec soi-même, on le restera même si la guerre fait rage au dehors.

Il existe un sourire que rien ne peut faire disparaître. Il vient d’une paix et d’une réjouissance si profondes que rien au monde ne peut l’effacer. Ce sourire, chacun de nous peut l'avoir. La paix qui réside en cet endroit, celle qui réside dans le cœur, est la seule qui vaille.

Dans un monde en guerre, la paix intérieure est-elle possible ?

À l’intérieur de nous se joue une symphonie. Nous pouvons nous éveiller à cette possibilité. Ce n’est qu’une possibilité. Il est possible d’être satisfait, d’être en paix avec soi-même. Il est possible de comprendre la valeur de chaque souffle, de reconnaître le désir de vie. Il est possible de transformer la souffrance en gratitude, le doute en certitude ; de changer toutes les questions en une seule réponse. Et quelle est cette réponse ? Celle qui n’a pas de question.

Que peut-on faire pour que la paix se manifeste dans sa vie ?

La paix intérieure ne peut pas être créée ou inventée. C’est un processus de découverte de ce qui existe déjà. C’est même un processus d’élimination : enlevez tout le reste et la paix se manifestera, car elle est là, en chacun de nous. Quand la joie est-elle vraiment là ? Quand nous arrêtons de faire tout ce que nous faisons, nous ressentons de la joie, car la joie existe en nous de manière inhérente. La paix et la joie sont en nous, et quand nous essayons de les créer, nous nous en éloignons encore plus.

Quelle est cette paix que vous aidez les gens à trouver ?

Trouver la paix en soi sans aucune aide extérieure, se trouver soi-même, simplement, voilà ce que propose. Rien d’autre. Beaucoup de gens pensent que trouver la paix va les aider à devenir des êtres humains plus complets. Ce n’est pas le cas. Chacun de nous est déjà un être humain complet. Nous ne pouvons pas l'être davantage. Rien ne peut être fait pour embellir l’être humain. Dans les personnes les plus torturées, j’ai vu la paix. Dans les personnes les plus haineuses, j’ai vu l’amour.

Quand nous sommes dans cet endroit réel, que le contentement est là, la paix et la joie y sont aussi. Et cela demande quoi ? De l’accepter, de le reconnaître et de nous en réjouir. J’aide les gens à comprendre que, dans la vie, il y a un espoir et un but plus grands que toutes les activités dans lesquelles nous sommes impliqués. Je leur dis que la réponse au besoin qu’ils ont toujours senti dans leur vie est à l’intérieur. Que s’ils cherchent la paix, il faut la chercher à l'intérieur.

L’" intérieur " est le domaine dans lequel je peux apporter une aide. Je montre aux gens comment se tourner vers l’intérieur de soi et trouver la paix. Sans cela, ce que je dis serait une philosophie. Cela n’aurait pas de sens. Ce serait de belles paroles mais dénuées de sens. Ce que j’offre est un moyen pratique d’être en paix à l’intérieur de soi.

C’est une chance. Un cadeau. Il ne peut être ni acheté ni vendu. Je ne dis pas que je suis un prophète, que je suis ceci ou cela, mais si vous voulez la paix dans votre cœur, si vous voulez la joie, j’offre un outil pour aller à l’intérieur, s’y connecter et ressentir.

J’ai le don, le privilège, de pouvoir offrir cette possibilité de ressentir la tranquillité, la joie, la paix. Peu importe comment on l’appelle, on ne peut pas l’étiqueter. Qualifiez-la de simple. Simple est ce qu’il y a de mieux. Et chaque être humain a le don de pouvoir ressentir cette paix.

Parlez-nous davantage de la paix.
Quand un être humain prend conscience d’une absence de vérité et de bonheur dans sa vie, d'une absence de paix, quelque chose s’enflamme en lui. Il brûle d’un ardent désir de trouver la paix, dans son cœur,  pas dans sa tête, et il se met à chercher.

Identifiez la soif. C’est la soif qui nous pousse dans la bonne direction. Ce dont nous avons besoin c'est de redécouvrir cette passion pour la joie. Que ce soit cette force qui nous fasse avancer.

Quand nous ressentons la plénitude de cette vie, que ce souffle n’est pas gaspillé, alors la bonté commence à se manifester. La bonté est l’expression d’un cœur empli de joie. Alors la paix vient dans nos vies. Nous commençons à trouver la solution à nos problèmes. Non pas que nos problèmes soient résolus, mais nous trouvons en nous une simplicité qui resplendit.

    

15 février 2006

Entretiens avec Prem Rawat

Entretiens avec Prem Rawat

Une personne de votre position est forcément une personne que le public cherche à cerner et à définir. Vous, comment vous définiriez-vous ?
Je suis moi. Je suis un être humain. Beaucoup de choses ont été dites à mon sujet. Positives ou négatives, elles étaient souvent liées à des émotions subjectives. Je suis fier d’être un être humain. Je suis très heureux d’être en vie. Je suis heureux d’être moi. Certains aimeraient me coller une étiquette, mais je suis tout simplement moi.

Quelle solution, quelle aide ou quel espoir apportez-vous ?
Dire qu’on peut être satisfait intérieurement est le message le plus porteur d’espoir. Dire qu’on peut trouver l’unique chose que le cœur cherche depuis si longtemps est un message plein d'espoir. Tel est le message que j'apporte, il apporte l’espoir. Ce qui est important pour nous tous, c’est l’espoir, l’idée qu’on peut être pleinement satisfait en soi, l’idée qu’on peut être satisfait dans sa vie. Il n’est pas nécessaire de se trouver dans une situation désespérée pour avoir besoin d’espoir. Même par une magnifique journée ensoleillée où tout se passe bien, l’espoir est le bienvenu.

En quoi votre message est-il unique ?
Certains disent : « Voyons de quoi vous êtes capable. Comment allons-nous faire pour que vous réussissiez ? » Je me concentre beaucoup plus sur l’individu. Plutôt que de montrer aux gens ce qu’ils pourraient faire, je leur dis : « Le cadeau de la vie vous a été donné. Un trésor a été placé en vous. Pourquoi ne pas vous occuper de votre propre trésor ? Pourquoi ne pas vous intéresser à ce que vous ressentez au plus profond de vous-même ? »

Quels sont nos besoins ? Pas les besoins de la société, mais nos besoins ? Quel est notre désir profond ? Il y a dans chaque être humain une réelle aspiration, qui ne dépend pas de qui il est, d’où il vit, de ce qu’il fait ou pense. Chaque être porte un désir inné d’être satisfait. Ce que j’offre est un moyen pratique de se tourner vers ce très profond désir qui nous est commun à tous. C’est un processus individuel qui mène à une réussite personnelle d’appréciation de la vie quelles qu’en soient les circonstances.

Qu’est-ce qui vous qualifie pour délivrer ce message ?
Ce qui me qualifie ? Le cœur. Les gens qui écoutent. Ce sont eux qui me qualifient. Si je suis capable de le transmettre, alors je suis qualifié pour le faire.

Qu’est-ce qui vous motive à le faire ? Pourquoi faites-vous connaître ce message ?
Il m’a été accordé un don. J’ai ce don depuis que je suis très jeune. J’avais l’habitude de parler aux gens avant que mon père ne vienne s’adresser à eux. Parfois, mon père me demandait de me lever et de venir parler, et à ce qu’il me semblait, il en paraissait très très heureux. Ce don est là depuis très longtemps.

Vous êtes reconnu comme une voix prépondérante dans le domaine de la paix. Qu’entendez-vous par « paix » ?
La paix est innée. Elle est en chacun de nous. Mais avant de ressentir réellement la paix, il nous faut ressentir la soif de paix. Nous pouvons le faire – nous ouvrir pour ressentir cette soif. Une fois que la soif est ressentie, tout devient simple, et il devient facile de comprendre ce qu’est la paix. Sinon, mes mots seraient juste des mots comme tant d’autres utilisés depuis des siècles pour parler de ce qu’est la paix et de ce qu’elle devrait être. La paix ne peut être comprise que lorsque l’on comprend la soif qui est déjà en chacun de nous.

Pouvez-vous décrire ce que vous entendez par soif ? C’est un de ces concepts insaisissables qui peut être difficile à comprendre.
Si on commence à analyser cela devient en effet insaisissable. Mais la soif est fondamentale : tout le monde a déjà eu soif d’eau. Et lorsqu’on a soif, on ne cherche pas à l’expliquer, on veut trouver de l’eau et boire. Ce qu’il y a de beau avec cette soif-ci, c’est que l’eau que l’on cherche se trouve en soi.

Comment saurais-je quand j’ai trouvé la paix ?
C’est comme boire un verre d’eau et étancher sa soif. D’abord on a besoin de ressentir la soif de l’intérieur. Ralentissez un peu. Essayez de faire l’expérience de l’appel qui vient de vous. Quel est le cri du cœur ? Que demande le cœur ? Qu’est-ce qui à l’intérieur de nous n’a pas cessé de tambouriner et tambouriner encore. Écoutons-le.

Doit-on renoncer à ce monde pour trouver la paix en soi ?
Il y a des gens qui disent : « Allez vivre en haut d’une montagne, dans un endroit retiré où vous ne serez pas distraits ». Je ne crois pas que ça marche comme ça. Votre engagement à écouter votre voix intérieure peut se faire dans la ville la plus bruyante du monde ; cela n’a rien à voir avec ce qui se passe à l’extérieur. Ces deux choses n’ont rien à faire l’une avec l’autre. L’attention à porter à l’intérieur ne mettra pas en péril l’attention à porter à l’extérieur. L’extérieur est très bruyant, éclatant, coloré. Il vous distraira toujours – il sera là. L’intérieur est beaucoup plus silencieux, beaucoup plus calme. Il est beaucoup plus simple. Et l’attention a besoin de se concentrer vers l’intérieur.

Beaucoup parlent de la paix intérieure et de la satisfaction comme de possibilités lointaines et plutôt vagues. Y a-t-il quelque chose de concret à faire pour mener à bien la réussite intérieure dont vous parlez ?
Ce que j’offre est aussi concret que l’est un verre d’eau pour une personne assoiffée dans le désert. Je propose un moyen de se connecter avec la paix et la satisfaction qui sont à l’intérieur de chacun de nous. C’est comme un pont entre l’extérieur et l’intérieur. Ce n’est pas là pour raccommoder quoi que ce soit ; c’est là pour ceux qui, de leur propre volonté, veulent ressentir la paix à l’intérieur d’eux-mêmes. Cela ne peut pas être plus concret. Si quelqu’un veut cela, je peux l’aider.

On a souvent tendance à associer le message au messager. Avec ce que vous offrez, quelle est la différence entre le message et le messager ?
J’ai toujours fait la comparaison suivante. Quelqu’un montre la lune du doigt et dit : « Regardez comme la lune est belle. » Tout le monde regarde le doigt et oublie la lune. Suivez le doigt. Regardez ce qu’il montre, regardez la lune pour en apprécier la beauté. Lorsque le messager essaie de se rendre plus important que le message, il n’est plus un messager. Etre un messager, homme ou femme, c’est très beau, mais le message est bien plus important. C’est le message qui fait du messager un messager, non l’inverse.
Selon vous, qu’est ce qui fait de la vie d’une personne une réussite ?
La première question qu’il faut poser est : qu ’est-ce que la réussite ? Nous pouvons réussir en affaires, dans notre profession, dans un sport ; nous pouvons devenir tout ce que nous voulons. Et nous pourrions passer pour parfaits aux yeux du monde. Mais quelle compétition pouvons-nous vraiment gagner ? Il y a une compétition ultime dans laquelle nous ne rivalisons avec personne sinon avec nous-mêmes — la compétition pour l’accomplissement de notre vie. Dans cette compétition, nous gagnons lorsque nous avons compris la valeur de cette vie et avons trouvé la plénitude. Alors seulement avons-nous réellement réussi, et c’est là qu’est le vrai défi. Il ne s’agit pas de simplement croire en la plénitude mais de l’expérimenter par nous-mêmes.

Si vous ne ressentez pas la réussite en vous-même, alors qu’importent tous les succès que vous avez à l’extérieur. Il y aura toujours une différence entre les deux. Si vous faites bien la distinction entre vous-même et tout le reste, il devient très facile de voir que le succès extérieur n’est pas vraiment ce qui importe.

Est-il difficile de convaincre les gens que la réussite intérieure est aussi importante que la réussite extérieure ?
En fait, il ne s’agit pas de convaincre. Quand on a accepté que la réussite commence par soi-même, tout le reste devient secondaire. On doit personnellement faire l’expérience de cette différence fondamentale et alors, que l’on soit riche ou pauvre, il est très facile de commencer à saisir que ce qu’on cherche réellement réside en soi.

Vous parlez donc de la réalisation intérieure. Pourriez-vous préciser la distinction entre réalisation intérieure et extérieure ?
A l’extérieur nous ressemblons beaucoup à un porte-chapeaux. Nous avons tant de rôles à jouer : parent, patron, frère, travailleur. Au début on porte un chapeau, puis un autre, et encore un autre. Toute la journée, les chapeaux se succèdent, tous de tailles et de styles différents. Voilà comment nous sommes à l’extérieur. Mais à l’intérieur, il y a un être qui ne change pas. Le porte-chapeaux change sans arrêt, mais à l’intérieur, notre soif de nous sentir comblés, notre désir intime de trouver la paix, notre quête de satisfaction, n’a jamais changé. Dans nos vies nous apprenons à être responsables, à prendre nos problèmes en charge, mais les problèmes viennent, s’en vont, et puis reviennent encore, comme une roue qui tourne sans cesse. Quand nous comprenons la nature de l’être, alors nous pouvons commencer à comprendre la beauté de la vie. La vie, ce n’est pas seulement nos problèmes, ni la culpabilité ou la peur, ni le vrai ou le faux. C’est aussi une incroyable réponse au désir inné d’être heureux.

Cela signifie-t-il que la réussite extérieure n’a pas d’importance ?
Pas du tout ! On peut toujours améliorer sa réussite. Quoi qu’on ait réalisé, on peut toujours mieux faire. Et nous sommes plus importants que nos succès. Nous sommes aussi plus importants que nos défaites. Nous sommes plus importants que tout ce qui se passe autour de nous, et que tout ce qui ne s’y passe pas. Nous sommes plus importants que les histoiresqui vont se développer, que les guerres qui vont être livrées, que la paix qui s’ensuivra. La somme de tout cela ne vaut pas l’existence de chaque être humain. Et nous devons en prendre conscience.

Quelles sont les personnes les plus réceptives à votre message ?
Celles qui sont vraiment libres. Libres dans leurs pensées. Les personnes qui sont enfermées dans des idées préconçues sur la façon dont les choses doivent être et la manière dont tout fonctionne ont beaucoup plus de difficultés à comprendre ce dont je parle. Ceux qui ont peur d’écouter les autres ne peuvent pas comprendre mon message. Ce sont ceux qui se sentent libres, à l’aise en eux-mêmes, qui peuvent m’écouter.

L'existence, un privilège

Chaque jour nous apporte un cadeau. Nous avons besoin d’en comprendre la valeur. Parce que le souffle vient en nous, comme il l’a déjà fait tant de fois. Et comme tant de fois, nous n’y prêtons aucune attention. Le souffle vient, nous apporte la vie, repart, et nous n’y prêtons aucune attention. Parce que nous sommes certains qu’un autre souffle va venir. Et nous en sommes de plus en plus sûrs jusqu’au jour où nous découvrons avec effroi que tout ce que nous avons trouvé naturel pendant des années, un jour, en une fraction de seconde, ne sera plus.

Chaque souffle apporte avec lui une possibilité de connaître la plénitude. Mais qu’est-ce que la plénitude ? En donner une définition ne sert à rien car c’est un sentiment qui ne ressemble à aucun autre. J’ai toujours dit que l’existence était le point de jonction du mortel et de l’immortel. Pourtant il est impossible que ces deux points fusionnent. S’ils s’opposent par nature, ils sont extrêmement proches dans notre existence. Et lorsqu’on ressent la plénitude, quand la gratitude règne en maître, quand le souffle devient ce qu’il y a de plus important, alors on est au plus près de l’infini qui réside en nous.

Qu’est-ce que l’existence ? Ne la sous-estimons pas, elle est remarquable. C’est un pont fantastique entre le fini et l’infini. C’est là que le fini et l’infini se rejoignent. Elle est le seuil sur lequel le fini et l’infini peuvent se rencontrer, l’endroit où le mortel peut goûter à l’immortalité.

Tout le monde cherche

Nous sommes tous à la recherche de quelque chose : nous voulons savoir, découvrir. Certains pensent que ce que l'on recherche est ancien et ils ne vont s’intéresser qu’à ce qui appartient au passé ou à l'antique. D’autres pensent que cela se trouve dans ce qui est tout nouveau : ils iront voir du côté des technologies et des nouvelles inventions. D’autres encore s’imaginent que cela se trouve ailleurs, en Inde : c’est là qu’ils iront le chercher. Quelques-uns pensent que ce que l’on recherche se trouve dans un endroit retiré, sans la moindre distraction, et ils se retireront dans un monastère.

Certains recherchent la réussite, d’autres recherchent la paix. Certains recherchent l’amour, d’autres la tranquillité, d’autres encore l’illumination. Comment se fait-il, si nous recherchons tous la même chose, que nous l’appelions de façons si différentes ? C’est parce que nous avons un besoin et que nous ne savons pas quel est ce besoin.

Quoi que nous fassions dans notre vie, nous le faisons pour qu'au bout du compte cela nous apporte le bonheur.

Le vrai sujet c’est nous

On me dit : « Tenez-vous compte de l’état de ce monde ? Il est complètement fou. » Oui, il l’est. Mais, je ne parle pas de ce monde, je parle de nous ! Le sujet dont je parle n’est pas le monde, le sujet c’est nous ! Au cas où vous ne le sauriez pas, le monde est une somme de « nous ». C’est cela le monde.

Partout il y a des gens qui, comme nous, font ce qu’ils ont à faire, ils cherchent à l’extérieur les réponses qui se trouvent en eux. Comme nous ! Le sujet n'est donc pas le monde, mais nous. La question n’est pas le brouillard à l’extérieur ; c’est le brouillard à l’intérieur. Ce n’est pas la soif extérieure ; c’est la soif intérieure.

Même si on ne veut pas de la paix, même si on se dit : « Je n’ai pas de temps pour ça. J'ai vécu sans jusque-là, je peux encore m’en passer », de toute façon, la paix est en nous. Même si on se dit : « Je n'ai pas besoin de plénitude », la plénitude est toujours en nous.

C’est de nous dont il s’agit. Il est question de devenir authentique dans notre vie. Il n’y a qu’un unique sujet : « nous ». Personne d’autre n’est impliqué et personne d’autre ne doit l’être. Le voyage est individuel.

Tout est en nous

Pour moi, trouver la satisfaction est un sujet simple, parce que le seul endroit où l'on n’a pas cherché est en soi. On a cherché de différentes façons : on a essayé de penser, on a essayé de raisonner, mais on n’a pas essayé de ressentir. On a cherché chez les autres, mais on n’a pas cherché en soi. Et peut-être qu’en procédant par élimination, il ne reste plus qu’à chercher en soi. C’est aussi simple que cela.

Je ne suis pas quelqu'un qui parle de ce que nous n’avons pas, mais de ce que nous avons. En nous, il y a une soif, mais l’eau s’y trouve aussi. En nous, il y a des questions, mais aussi toutes les réponses. Il y a le besoin de ressentir la joie, mais aussi la joie. Il y a le désir d’être comblé, mais aussi ce qui procure la satisfaction. En nous, il y a l’envie de savoir mais aussi le sentiment que procure la Connaissance, le fait de connaître, d’être relié, relié à la simplicité, à la beauté qui se trouvent en nous. Si vous n’en voulez pas, ça ne fait rien, tout cela est quand même en vous.

Tout ce que nous faisons, nous le faisons pour avoir de la joie. Mais comment la joie s’est-elle manifestée dans notre vie ? Elle est venue, repartie, venue, repartie… Pourtant, à tout moment et en tout lieu, nous avons en nous un immense coffre empli de joie, une joie à laquelle nous pouvons nous unir.

Il n’est pas nécessaire d’aller dans les lieux saints pour trouver l'infini. On ne le trouve pas dans les temples. On ne le trouve pas dans les grottes, ni au sommet des montagnes, ni dans la solitude des vallées. On le trouve dans son propre cœur.

Ce message est simple. Il n’est lié à aucune religion. Il n’est lié à aucune philosophie. Il s’adresse aux personnes vivantes qui veulent faire l’expérience de la chose vivante qui se trouve en elles-mêmes.

Une possibilité est offerte

La paix dont vous avez besoin est en vous. Si vous avez besoin d’aide, je peux aider. Si vous ne voulez pas de mon aide, pas de problème. Mais de la paix, vous aurez toujours besoin. Alors trouvez-la. Et vivez votre vie.

Je ne dis à personne de sacrifier quoi que ce soit. Ce n’est pas nécessaire. Échanger ceci pour cela, ce n’est pas ce que je dis. Ce que je dis c’est que vous pouvez vivre dans votre univers, avoir vos responsabilités, vos devoirs, vous pouvez avoir tout cela et, de plus, être comblé.

La paix, la satisfaction en chacun de nous sont à découvrir. Je suis là simplement pour en présenter la possibilité.

Un message unique

Nous devons comprendre la valeur de cette vie parce que c’est à nous que ce cadeau a été fait. Personne ne peut le faire à notre place. Pourquoi, lorsqu’il s’agit de notre pain, savons nous que c'est à nous de nous en occuper, alors que pour la paix nous nous en remettons à quelqu’un d’autre ?

Ce message est unique car il dit : « Vous devez connaître la paix dans votre vie ». Avec ou sans moi. Mais il vous faut la paix dans votre vie. Trouvez-la. Et si vous ne la trouvez pas, venez me voir, je peux vous aider.

Vous dire, « La paix vous va bien », est un beau message. Pouvoir vous dire, « Je peux vous montrer où est cette paix », est vraiment un beau message. C’est un message magnifique. Vous dire, « Cherchez, cherchez le bonheur », est un message plein de sagesse. Pouvoir vous montrer où ce bonheur réside est un message extraordinaire.

Il est facile de dire : « Il faudrait la paix pour tous », mais il est très difficile de dire : « Je peux vous apporter la paix. »

Ce que je dis n’est ni ancien ni nouveau. C'est intemporel. La paix, la satisfaction, tout ce que les gens recherchent se trouve en eux. Cela y a toujours été et y sera toujours. C’est maintenant qu’il faut aller en soi.

Prem Rawat

Pour obtenir des informations sur les retransmissions par satellite, consultez le site www.eurcommunications.org

10 février 2006

Conférence sur la paix

“L’attitude la plus noble est de reconnaître que la paix peut être une réalité dans notre vie, et de découvrir que nous en sommes la source et la ressource.”

“La paix que nous cherchons se trouve déjà en nous, attendant d’être ressentie. Ce n’est pas le monde qui a besoin de paix, ce sont les gens.”

“Pour devenir un être humain complet, la paix intérieure est nécessaire.”

“Il existe une paix qui n’est pas temporaire. Une paix qui ne dépend pas de la politique. Une paix qui ne se trouve pas dans les formules disant ce que le monde devrait être. Une paix qui n’est pas la vision de quelqu’un, mais qui réside en chacun, qu’on soit riche ou pauvre, bon ou mauvais, qu’on ait tort ou raison, qu’on traverse les moments les plus difficiles, ou qu’on soit submergé par un océan de confusion et de doutes.”

“Chaque être humain sur terre a le droit de vivre en paix de la façon la plus réelle et la plus complète qui soit… Recherchez la paix et ressentez-la dans votre vie. Si vous ne réussissez pas à la trouver, je peux vous y aider.”

En chaque être humain se trouve une réalité merveilleuse. En chacun résident la paix et la joie. J’offre une inspiration rappelant la beauté de l’existence, rappelant aussi que la vie est un cadeau ; j’encourage les gens à ouvrir l’horizon de leur compréhension, car il est possible de trouver le bonheur. Pour moi, chaque être humain est complet. En chacun brille un soleil si éclatant qu’il peut en chasser toute obscurité.

Prem Rawat

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